Méditations des vendredis de Carême 2020

Méditations des vendredis de Carême 2020

Chaque vendredi de Carême, je vous proposerai, ici, une piste de conversion concrète pour convertir nos modes de consommation, en lien avec l’encyclique Laudato’Si et les pistes du label ‘Eglise Verte’, ainsi que la campagne 2020 du CCFD.

Notre manière de consommer a plus que jamais un impact global, en particulier la hausse des températures, qui agit sur l’assèchement des terres, la montée des océans, l’accumulation des déchets au fond des mers et de produits chimiques dans les terres agricoles… Chacun peut faire sa part, même modeste. C’est une affaire spirituelle concrète, qui touche à notre rapport au monde, à la consommation, aux autres et au Créateur…

Père Emeric Dupont

Vendredi 13 mars 2020 : DE QUOI JEUNER EN CE MOMENT ?  

Bien des chrétiens s’interrogent sur la nature des privations qui peuvent accompagner le temps de désert du Carême. Entre les habitudes re-conduites chaque année et fort peu impliquantes mais satisfaisantes pour l’ego (le fameux ‘carré de chocolat’ qui disparaît pendant 40 jours et donne bonne conscience à peu de frais) ou les conceptions influencées par d’autres religions (un Carême sans manger jusqu’au coucher du soleil), beaucoup peinent à trouver une voie qui leur ‘parle’, qui les soutienne et les inspire…

La privation n’est pas une question simple. Elle est profondément liée à la charité, à la conversion des modes de vie, au retour vers l’essentiel. Ce vendredi, je comptais vous parler de la dimension mondiale de notre consommation, et de ses conséquences tragiques sur les zones les plus déshéritées de la planète. Mais je parlerai plutôt de ce qui nous envahit et nous empêche de vivre la confiance, la charité, l’espérance : la peur !

– Jeûnons de la peur qui nous paralyse et nous pousse au repli sur soi,

– Jeûnons de l’individualisme qui nous incite à accumuler les réserves et à priver d’autres de la possibilité  de trouver certaines denrées essentielles,

– Jeûnons de la déraison qui nous fait colporter des informations infondées et angoissantes.

Isaïe 58, 6-10

Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Vendredi 6 mars 2020 : ‘LE CRI DE LA TERRE QU’ON DEPOUILLE DE SES ARBRES ET DE SA BIODIVERSITE’

L’une des incidences majeures de l’élevage industriel de viande est celle de la déforestation. Les forêts tropicales, notamment, ont subi des dégradations irréversibles ces trente dernières années, remplacées par d’immenses zones de pâturages ou de vastes cultures de soja (le plus souvent OGM) destinées à l’alimentation du bétail, y compris celui des pays européens. Au total, ce sont 70% des terres à usage agricole en Amérique du sud qui, directement ou indirectement, sont consacrées à l’élevage. La déforestation avance dans le monde à un rythme qui équivaut à la perte annuelle de la surface du Royaume-Uni ! La destruction des habitats est l’une des causes majeures de la disparition de la biodiversité sur notre terre et de la perte irrémédiable d’une faune et d’une flore qui ont mis des millions d’années à se constituer. C’est aussi une violence faite à la vie elle-même. Cette semaine, je suis invité à moduler ma consommation de viande pour lutter contre la déforestation.

Vendredi 28 février 2020 : ‘LE SENS MÊME DU CARÊME’

Le Carême signifie bien plus qu’une simple abstinence alimentaire, il symbolise – voire préfigure – ce temps de passage en conscience vers la Pâque éternelle et nous exhorte, par la pratique de la sobriété, de la prière, du silence et de l’intériorisation, à une conversion profonde. Nous entrons ainsi dans l’expérience du Christ durant son retrait de 40 jours au désert, où il fut soumis aux tentations par Satan. Avec lui, les chrétiens sont appelés à une conversion du cœur et de l’esprit, cette ‘metanoïa’ qui conduit à choisir la vie, Dieu, et à accepter le combat contre ce qui y fait obstacle ; la victoire promise de cette lutte s’enracine dans la résurrection fêtée à Pâques.

Mais cette conversion ne va pas sans un changement de notre façon de voir et de penser le monde, changement qui, seul, peut nous permettre d’entrer dans une attitude intérieure plus douce, plus juste et plus solidaire. Le Christ lui-même nous guide sur ce chemin : « Heureux les doux, heureux les artisans de paix, heureux les affamés et assoiffés de justice ! » (Matthieu 5,1-12). Dans cette optique, la consommation d’animaux en tant que telle pose question. Au commencement, les humains et les animaux sont végétariens (Genèse 1,29-30). La permission accordée aux premiers après le déluge semble être une concession, en opposition à la non-violence généralisée annoncée par le prophète Isaïe comme caractéristique du Royaume (Isaïe 1,9). Dans ce contexte, l’abstinence de viande prend un sens de soumission à l’ordre premier institué par Dieu dans la paix. C’est vers cet idéal de paix universelle que nous sommes aujourd’hui appelés à tendre. L’humain, à l’image de Dieu, est invité à devenir le prophète de la non-violence, y compris envers les animaux ; ce dont nombre de mystiques et de théologiens ont témoigné, des Pères du désert (Jean Chrysostome, Origène, Tertullien…) à saint François d’Assise, Paul Claudel et à Théodore Monod. En ce sens, la consommation de viande serait plus une trace du vieil homme et de sa chute avec Adam qu’une marque du Christ (Rm 6,6; Col 3,9-10; Ép 4,22)…

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