Edito de la quinzaine

Edito du père Emeric : Soyez toujours dans la joie !

Il existe un motif récurrent chez l’apôtre Paul, dans plusieurs de ses lettres : espérer contre toute espérance, remercier Dieu pour ce qui est beau, bon, juste et vrai dans nos vies. Paul lui-même aurait des raisons de désespérer. Son arrivée à Thessalonique, la grande ville grecque, a été précédée d’épreuves et d’obstacles. En Actes -des apôtres- 16, il est même ‘empêché’ de faire ce qu’il voulait. Les circonstances le conduisent sur le continent européen, qu’il n’avait jamais encore foulé. Les obstacles sont nombreux et les contrariétés aussi. Et pourtant, après-coup -comme toujours-, ces obstacles sont relus comme un cadeau, une impulsion de l’Esprit-Saint. En Actes 16,6, il est même dit que « le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d’Asie ». L’obstacle est vécu, après avoir été traversé, comme une possibilité d’ouvrir une nouvelle voie, sous l’inspiration de Dieu.

Ainsi, nos existences connaissent leur lot d’obstacles et d’épreuves. Et la tentation bien compréhensible est alors de se replier sur soi. De n’y voir que désordre, chaos, non-sens et injustice. Bien-sûr, les épreuves sont tout cela. Elles n’ont pas toujours de sens. Elles sont parfois synonyme de malheur pur. Mais nous sommes invités à aller de l’avant, comme Paul qui se trouva empêché d’aller là où il devait aller, et qui trouva sur sa route des rencontres décisives pour la suite de sa vie. En effet, c’est à Thessalonique qu’il comprit qu’il était appelé par Dieu à évangéliser le continent européen, à s’adresser aux païens. Voilà sans doute le secret de sa confiance inébranlable dans le projet de Dieu.

Voilà sans doute pourquoi il répète qu’il est bon de rendre grâces, c’est-à-dire de reconnaître la beauté dans ce qui nous arrive et de l’attribuer à Dieu, même au cœur de l’épreuve. Il ajoute « n’éteignez pas l’Esprit », c’est-à-dire restez ouverts à cette liberté intérieure à laquelle nus sommes tous appelés, et elle commence par la conversion de notre regard. Toujours, il nous est donné la capacité de choisir, même au plus difficile d’une épreuve ou d’une douleur. Garder la tête froide, ne pas se précipiter en fonction des émotions, mais faire un vrai choix, dans l’Esprit. Il le résume ainsi : « discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal ».

Voilà l’exemple que Paul nous donne : reconnaître que notre conscience est un lieu capital, celui de la décision. C’est sans doute ce qu’il y a de plus haut et de plus noble en chacun de nous. Toujours, nous pouvons choisir et ne pas laisser la vie ou les circonstances choisir à notre place. Toujours, nous pouvons exercer notre jugement sur les choix possibles, éclairer notre conscience. Ne jamais nous laisser enfermer, ni par la peur ni par les déceptions, mais ne jamais céder sur notre liberté intérieure et notre capacité à désirer ce qui est le meilleur pour nous, sous l’inspiration de l’Esprit. Citoyen romain, Paul refuse de se laisser déshumaniser par les lois et les états d’esprit de l’Empire. Sa première position est de lutter pour pouvoir aller où l’Esprit le conduit. Et nous, contre quoi luttons-nous ? Et dans quel but ?

+Emeric Dupont

La Grande Assemblée complète : La Grande Assemblée des 8 et 15 décembre 2019