Edito de la quinzaine

Edito : Les motivations d’une foule, l’ambigüité de ses attentes

Jésus entre à Jérusalem dans un triomphe très ambigu. En fait, il triomphe sur un malentendu. Sa liberté est radicale, il refuse de se laisser enfermer dans le rôle qu’on a prévu pour lui. Il refuse d’être la marionnette dont les gens du Temple et les pharisiens seraient les ventriloques. Et à cause de cela, on va le haïr. On l’acclame, mais pourquoi ? Parce qu’il va lever des armées ? Faire la guerre aux romains ? Parce qu’il va nous rassurer dans notre identité de descendants d’Abraham et de Moïse ? Et s’il refuse de jouer ce jeu-là ? S’il décide d’aller au Temple, non pour y répéter les phrases pieuses qu’on attend de lui mais pour dénoncer la manière hypocrite de prier, qui a cours là-bas ? Et le petit jeu du donnant-donnant avec Dieu qui donne bonne conscience aux bien-pensants !

« Sois ce que nous attendons de toi ! Dis-nous ce que nous avons envie d’entendre ! Surtout pas des provocations, le Fils de Dieu ne saurait nous critiquer, nous qui faisons et pensons si bien ! Et puis le monde va si mal : le pays est occupé, la violence règne partout, Hérode fait croire qu’il descend des rois d’Israël. Jésus va nous caresser dans le sens du poil, c’est certain, il va nous offrir des prières qui endorment, des dévotions qui rassurent ».

Patatras ! Jésus va susciter autant de rejet haineux qu’il avait semblé faire naître des adhésions douteuses. Et savez-vous pourquoi ? Parce que rien n’a changé. Douteuses, nos adhésions au Christ le sont toujours. Est-ce que je prends tout du Christ ? TOUT ? Même ce qui me dérange ? Même lorsqu’il revêt la figure du rejeté, de l’étranger, même lorsqu’il s’émerveille de la foi de la païenne ? Même lorsqu’il regarde sans condamnation celle qui a eu moult maris successifs et vit sans être mariée avec le dernier ? Même lorsqu’il dit que les publicains malhonnêtes et les prostituées me précéderont au royaume des cieux ? Ma foi au Christ est-elle un somnifère ou un stimulant ? Ouvre-t-elle mes yeux sur le monde tel qu’il est ou me renferme-t-elle sur un monde imaginaire, tel que je voudrais qu’il soit ? Entre moi et ceux qui ne vivent et ne pensent pas comme moi, ma foi au Christ bâtit-elle des murs ou des ponts, comme le dit le Pape François ? À Jérusalem, aurais-je fait partie de ceux qui acclament sans savoir et haïssent sans comprendre ? Ou de ceux qui s’interrogent, qui cherchent, qui regardent au-delà des apparences et des préjugés, et qui se disent : et si cet homme était venu, non pas pour conforter ce monde, mes opinions, mais pour ouvrir un chemin nouveau, celui de sa Pâque ? Serais-je prêt à le suivre ? En fait, ai-je vraiment commencé à le suivre ? Ai-je jamais commencé un jour ? Sinon, il n’est jamais trop tard.

+ Emeric Dupont

La Grande Assemblée complète : La Grande Assemblée du 14 au 28 avril 2019