Edito de la quinzaine

Edito : « Comme l’or au creuset »

Le Livre de la Sagesse, avec ses formules ciselées, nous prend parfois à contre-pied. Dans la lecture de ce dimanche, il manie avec force des paradoxes, en s’attaquant à une question qui souvent révolte ou à tout le moins bouleverse : le mal qui frappe aveuglément. Si seules les personnes qui font le mal étaient frappées ‘comme en retour’ d’un mal égal, chacun pourrait en conclure qu’il y a une justice au-dessus des hommes, qui frappe de manière proportionnée.

Mais il n’en est rien. Le malheur ne tombe jamais d’une manière qu’on puisse prévoir, et rarement de manière rationnelle ou prévisible, de telle manière qu’on puisse corréler la souffrance ressentie dans l’épreuve avec une quelconque ‘faute’ qui serait à payer face au Ciel… Bref, il n’y a pas de sens à la souffrance. Jésus lui-même l’a habitée dans le silence et sans grands discours. Souvent, les mots sont impuissants à accompagner la douleur de ceux qui peinent.

Mais le Livre de la Sagesse risque quelques interprétations, non en cherchant des causes, mais en analysant les attitudes de ceux qui sont éprouvés. L’épreuve aurait ainsi une valeur, non en soi, mais en tant qu’elle peut être dépassée, et ainsi, devenir une occasion d’apprendre sur soi et sur autrui. Un chemin s’ouvre à travers l’obstacle et la peine, et quiconque parvient à rester fidèle à soi-même sans perdre le meilleur de ce qui le fait vivre, devient alors comme de l’or que le feu a purifié. Des interprétations doloristes ont pu être faites dans le passé, à cause d’une mauvaise lecture de ce texte. La souffrance n’est jamais à être recherchée, c’est notre rapport à la souffrance qui peut changer, l’espérance étant une des rares forces qui permette de tenir debout dans l’instant présent, sans se refermer sur la nostalgie d’hier, du temps d’avant l’épreuve. La caractéristique principale de l’espérance est qu’elle remet debout et garde le cœur ouvert à tous les possibles. C’est, paradoxalement, une puissante école de réalisme. Mais personne ne peut la vivre pour nous, ni se prévaloir de cette possibilité pour en tirer l’occasion de distribuer conseils et culpabilisations à ceux qui souffrent. De ce point de vue, les Livres bibliques de la Sagesse et de Job doivent être lus en miroir l’un de l’autre.

La Grande Assemblée complète : La Grande Assemblée des 2 et 9 décembre 2018